LA LIGATURE DE L'ŒIL 

Fanny Longuesserre

 

La ligature est une opération consistant à réunir, à fixer avec un lien.

 

La Ligature de l'oeil est la première exposition personnelle de l'artiste Fanny Longuesserre à la galerie Le Cabinet d'Ulysse.

L'artiste y présentera ses premières sculptures, réalisées en 2019/2020, ainsi qu'un ensemble d'oeuvres sur papier.

 

Fanny Longuesserre, née en 1980, vit et travaille à Bayonne (64).

Son parcours artistique passe par une longue période consacrée à la performance et au body art. Elle se détourne ensuite de cette pratique en se plongeant dans une sorte de travail sériel, répétitif, des traces d'elle-même derrière lesquelles elle cherche à s'effacer. En 2017, l'artiste travaille sur ses premières oeuvres en relief, qui annoncent la série de pièces proposées cette année.

 

Fanny Longuesserre développe un système complexe d’images/objets en relief qui s'inspirent de l'art cinétique, des livres pop up,  et de la psychanalyse. L'artiste sépare, découpe, dissèque, gratte, cisèle, épingle, assemble, (re)compose jusqu’à l’obsession et laisse éclore un univers ludique frôlant le psychédélisme. L'oeuvre Blossom, qui signe le manifeste de ce nouveau travail,  se déploie à partir d'un test de Rorschach, hors du cadre. Celui-ci disparaîtra dans les oeuvres suivantes. On peut dès lors parler de sculpture. Celle-ci, pour être perçue dans sa totalité,  sollicite l'action du regardeur :  l'oeuvre est en quelque sorte interactive, elle s'ouvre, se déplie, se rétracte, se referme. 

Une autre des caractéristiques de ces oeuvres : chacune d'entre elles constitue un objet d'art en kit, rétractable et aisément stockable dans le coffret qui l'accompagne.

 

L'exposition La Ligature de l'oeil,  permettra aussi de découvrir un ensemble d'oeuvres sur papier, dont certaines à mettre en rapport avec les pièces présentées précédemment. Cette série constitue en effet un prolongement aux sculptures déjà réalisées, destiné à développer tout un répertoire de formes, une sorte d'alphabet plastique, qui permettra d'alimenter les projets futurs. Un maître mot dans la démarche de l'artiste : la transformation. Le passage du volume au dessin, puis vice-versa , un univers qui s'auto-génère dans un mouvement d'aller-retour continuel.

Un autre ensemble, intitulé Le chaos très organisé tenu par cette petite chose, composé de 6 dessins à l'encre de chine sur papier, né dès les premiers jours du confinement (le 17 mars précisément), évoque très directement l'angoisse de l'artiste, cette boule au ventre ressentie face à ce flot inédit d'informations, et sa façon,  personnelle de les gérer. Ces oeuvres, usant d'un vocabulaire restreint de formes géométriques minimales, graphiques, expriment d'une manière simple et extrêmement efficace, le combat de tout un chacun pour une survie mentale nécessaire.

Enfin, une dernière série d'oeuvres sur papier, des aquarelles, figure des pierres au traitement réaliste, présentées frontalement et verticalement, à la façon d'autoportraits silencieux et énigmatiques. L'artiste semble nous y révéler un secret, celui  d'une douleur intime, pesante.

Stéphane Salles-Abarca